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Centre de réussite scolaire
Didier Bronselaer
Service multidisciplinaire indépendant destiné à aider les élèves de tous niveaux et leur famille
à résoudre des problèmes d'apprentissage ou des questions liées à l'école.
 

Critique des examens de juin et de Noël

Revoilà l'épidémie bisannuelle : des milliers d'élèves atteints d'échecs scolaires, annoncés

« On donne le nom de maladies épidémiques à toutes celles qui attaquent en même temps, et avec des caractères immuables, un grand nombre de personnes à la fois », Lebrun, Traité historique sur les maladies épidémiques, Paris 1772, in Michel Foucault, Naissance de la clinique, page 22, 1963, Paris, quadrige, Presses Universités de France.

Les examens de Noël, invariablement depuis des temps immémoriaux, font leur lot de victimes. Élèves, ils arrivent, vous pouvez trembler ! Des milliers d'entre vous en seront victimes ; le symptôme est connu : l'échec, ordinairement annoncé en caractères rouges dans le bulletin. Cette épidémie, dans notre beau pays, du côté francophone, ne connaît pas de résistance digne d'elle.

En tant que psychologue et pédagogue, je dirige depuis 20 ans un centre psychopédagogique indépendant (http://www.centredereussitescolaire.be) situé au carrefour de nombreuses écoles de Wallonie et Bruxelles, ce qui donne un point de vue très intéressant. Depuis quelques années, je remarque que c'est dans les rangs des étudiants de 3è, 4è et 5è secondaire qu'elle frappe le plus, de la moitié au deux tiers tombent atteints du symptôme, un tiers sera échec et mat en juin prochain. Ne courrez pas à la pharmacie ou chez votre médecin, cela ne sert à rien, l'espèce est protégée, au point que certaines écoles n'admettent plus que les résultats obtenus aux examens comme critère de réussite. Quelques exemples de situations favorables à son expansion : un à deux examens par jour, portant sur toute la matière depuis septembre, des questions plus difficiles que d'habitude (ce serait trop facile, sinon), de préférence nombreuses avec trop peu de temps pour y répondre, sans compter que voyant les examens arriver, certains enseignants atteints également de stress (tout le programme doit être vu), imposent à leurs élèves une surcharge de travail avant même la période de révision. Il faut comprendre cette variété d'épidémie, nous sommes son dernier pays de Cocagne ou presque, autant la choyer au mieux ! Surtout, évitons ce que certains pays font : évaluer l'apprenant progressivement, lui laisser le temps nécessaire pour montrer son bon travail, individualiser l'évaluation, construire un système d'évaluation harmonieux et commun à toutes les écoles, lui permettre de corriger le tir, par exemple en lui proposant un nouveau contrôle s'il souhaite améliorer ses résultats et ne garder que le meilleur, comme les adultes préfèrent faire dans leur travail, etc.

Ah oui les enseignants me direz-vous, hé bien je pense qu'ils sont surtout vecteurs bien malgré eux de cette épidémie, parce que leur bon enseignement s'en trouve tout aussi dévalorisé ! « Pourtant tu as réussi pendant l'année ! », « Oui, parce que j'étudie sérieusement une matière bien enseignée et que je suis évalué dans des conditions plus humaines ! ».


Je vous propose quelques explications pour vous éclairer sur ce phénomène bien de chez nous. Ce n'est la faute de personne ! J'insiste sur ce fait parce qu'il est dû à la méconnaissance. Peu de parents ou enseignants savent que plus de 80% des élèves en échec sont a priori victimes de troubles cognitifs ou instrumentaux, c'est-à-dire de faiblesses importantes affectant l'une ou l'autre compétence spatiale ou verbale, ou/et la concentration, la mémoire, la maîtrise du langage écrit, la méthode de travail, etc. Cesdites faiblesses, pour la plupart, sont inhérentes au développement neurobiologique de l'être humain. Mais elles rendent la passation des examens de Noël et de juin nettement plus difficile parce que de telles conditions d'évaluation défavorisent les écoliers très injustement : beaucoup (trop) de matière à lire, mémoriser ou comprendre, en très (trop) peu de temps. Le potentiel cognitif de ces jeunes ne suit pas, pour causes indépendantes de leur volonté, du travail fourni et de la qualité de l'enseignement dont ils ont bénéficié ! Entendons-nous bien ils ne sont ni plus ni moins intelligents que leurs condisciples, l'intelligence est multiple, mais ils sont victimes de failles là où il ne faut pas, aux moments où il ne faut pas. Je relève plus d'une douzaine de bonnes raisons qui rendent ces examens aussi pénalisants, il faudra en tenir compte (Guide pour réussir à l'école, Éditions Labor).

Plus largement, il n'est pas normal que sur cinq écoles secondaires d'une même région, il y ait cinq systèmes d'évaluation différents : pour des résultats équivalents, une école autorise les examens, une autre fait doubler, une troisième autorise le passage moyennant des travaux de vacances, une autre encore réoriente par une attestation B, etc. Chacun des cinq chefs d'établissement a de bonnes raisons pour défendre son système ! Dites-vous bien que les enseignants ou directeurs ne sont pas en faute et qu'il y a de bonnes solutions : celles citées plus haut adoptées par d'autres pays, promouvoir le diagnostic pour les élèves en difficulté afin de les informer, eux et leurs parents et s'ils sont d'accord d'en faire bénéficier leurs enseignants, imaginer avec ces jeunes une méthode de travail en conséquence, diminuer de façon drastique le poids des examens de Noël et de juin. Saviez-vous que la très grande majorité des pays européens évaluent leurs élèves autrement ? Saviez-vous qu'en France un étudiant dyslexique a droit à nettement plus de temps pour répondre au baccalauréat ? Un étudiant victime d'hyperactivité, d'un déficit de la mémoire verbale ou de la lecture, qui maîtrise une matière à 60% quand il est évalué en respectant son trouble, a toutes les (mal) chances de rater aux examens de juin ou de Noël, alors qu'il a étudié sérieusement et que l'enseignant a bien enseigné. Quand on se représente bien les causes des problèmes, des solutions efficaces peuvent être imaginées. Notons par ailleurs que sans cette démarche, faire doubler un élève est aussi hasardeux que le faire passer automatiquement. Toutefois quand « buser » autant de jeunes en même temps systématiquement aux mêmes moments constitue des habitudes qui persistent contre vents et marée, faut-il parler de problème ou de règle culturelle ?

Didier Bronselaer, Psychopédagogue
(Carte blanche parue dans le quotidien Le Soir,
le jeudi 4 janvier 2007)





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