Comprendre et prévenir le décrochage scolaire dans les hautes écoles et universités


Voici, pour vous, quelques remarques essentielles tirées de nos 30 ans d’expérience de cliniciens spécialisés dans les questions et problèmes d’apprentissage scolaire 
  1. Il y a une hausse importante du nombre d’étudiants en général et aussi parce que trop d’entre eux prennent une année ou deux de plus qu’avant à cause du système des crédits qui n’est pas encore bien compris, perçu, mais pas seulement !
  2. Nombre d’entre eux passent du secondaire, enseignement obligatoire, au supérieur, enseignement facultatif, sans transition, deux mondes très différents. Pour certains jeunes, prendre une année de recul en l’ayant bien préparée s’avère souvent très constructif, même s’ils vont travailler, pour se la payer. Le jeuneadulte prend de la maturité, assure mieux ses choix. De nombreuses possibilités existent, il ne faut pas forcément quitter la Belgique pour autant ; on peut s’inscrire comme élève libre pour tester des cours tout en travaillant. Ainsi, il n’entame pas son temps d’étudiant finançable. Si cela vous intéresse, renseignez-vous auprès d’Infor Jeunes. https://inforjeunes.be/centre/
  3. Le système d’évaluation diffère d’avant l’application du décret Paysage.
  4. Les critères de réussite diffèrent aussi, dont la cotation.
  5. Les professeurs doivent aussi intégrer les nouveaux critères que propose le décret Paysage. Il semble aussi que leur pédagogie souvent ne tient pas assez compte des nouvelles technologies ; ils s’adressent à un public connecté qui se montre plus disparate qu’avant.
  6. L’enseignement des matières s’avère régulièrement moins adapté aux étudiants qu’avant : le syllabus bien construit propose une structure avec une table des matières analytique, des chapitres conçus pour être mémorisés, compris ; ils sont composés de phrases complètes qui permettent au lecteur de saisir l’intelligence verbale implicite de la matière enseignée. Depuis l’utilisation du média ordinateur, de nombreux cours se voient proposés sous forme de séries de diapositives, pas de table des matières, pas de chapitres structurant la matière enseignée, peu de phrases complètes (sujet, verbe, complément).
  7. Le syllabus conçu comme un livre peut être virtuel, avec des liens hypertextes facilitant sa lecture, il est pensé pour l’étudiant, MAIS le syllabus fait de diapositives est pensé pour faciliter l’exposé du professeur. Dommage pour l’apprenant !
  8. Notre enseignement supérieur amène l’étudiant à ingurgiter tous les cours des trois 1ers mois en vue des examens de janvier, puis le jeune se repose (on l’espère), et recommence la même chose pour le mois de juin, se repose (on l’espère) puis pour fin août, puis se repose (on l’espère) puis ingurgite, etc.
    • Le nombre d’entre eux, victimes de surmenage sévère que l’on peut par ses effets, associer au burnout des travailleurs est plus élevé qu’avant, n’oublions pas que le nombre total d’étudiants est aussi en forte augmentation. Leur rétablissement tant psychique que physique prend au moins un an, en espérant qu’ils bénéficient d’une guidance psychologique et d’une réorientation scolaire adaptées.
    • Le parcours classique de ces victimes de décrochage scolaire consiste en un 1er bachelor non réussi à 100%, par conséquent une forme d’insuccès dont il faut prendre la mesure le plus positivement et constructivement possible. L’année suivante voit l’étudiant rater une 2è fois une partie des cours repassés (crédits de cours de base non obtenus) sans compter les nouveaux échecs. Avec l’illusion qu’il a de réussir le tout, il reprend du collier pour s’effondrer quelques semaines plus tard. En fait, il n’a jamais arrêté de se mettre la pression durant plus de deux ans, même pendant les grandes vacances!
  9. N’oublions pas que notre enseignement secondaire génère le plus d’élèves en échec d’Europe ! Ces jeunes arrivent en supérieur déjà échaudés.
  10. Rappel : plus de 80% des élèves du secondaire qui vivent un échec généralisé éprouvent des troubles spécifiques d’apprentissage (TSA) (voir : https://centredereussitescolaire.be/2019/02/18/evaluer-leleve-pour-apprecier-ses-ressources-dapprentissage-avec-discernement/ ).
  11. Cette expérience scolaire joue un rôle très important, entamer un 1er bachelor, ne veut pas dire « commencer à zéro » ; par définition, un trouble spécifique d’apprentissage (TSA) n’a aucune raison de disparaître parce que le jeune passe dans l’enseignement supérieur.
  12. Les ressources d’apprentissage diffèrent d’une personne à l’autre, l’histoire scolaire aussi.
  13. Les méthodes de travail varient fortement de celles du secondaire. Nous remarquons depuis toujours qu’une des difficultés des étudiants est de bien percevoir le haut degré de précision exigé dans la maîtrise de la matière par les enseignants du supérieur, surtout à l’université. Souvent quand le jeune pense maîtriser 60% du cours, il se surestime de 30%. Ce n’est qu’à partir d’une autoévaluation à 80% qu’il peut croire être prêt. De plus, trop nombreux sont ceux qui commencent à étudier la matière sans se renseigner sur le type d’évaluation : QCM, si oui, quel type et comment est-il coté (points négatifs ?), questions ouvertes, si oui cotées avec quelle sévérité ? Bien sûr, le professeur peut en changer, le cours peut changer d’enseignant, auquel cas on peut le lui demander, ça ne coûte rien.
  14. Les aménagements raisonnables permettent aux étudiants « dys » d’avoir des examens un peu plus adaptés à leurs ressources d’apprentissage, mais c’est tout. Pour eux, les efforts à fournir restent souvent 3 à 4 fois supérieurs à ceux d’étudiants qui n’ont pas ce problème d’apprentissage.
  15. L’orientation scolaire vers le supérieur s’avère souvent fort superficielle (voir https://centredereussitescolaire.be/2018/10/12/lorientation-scolaire-et-son-incertitude/ ). En Belgique, le droit, grâce à la réussite du secondaire, d’entreprendre les études que l’on veut à l’exception de celles qui sont accessibles après une sélection (Ingénieur civil, médecine, écoles de cinéma, etc.) constitue une belle liberté, rare dans le monde. Mais tel qu’il est pratiqué, ce droit, cette chance coûte très cher sur le plan humain et socio-économique. Le jeune doit être mieux accompagné, mieux préparé.

Alors, quoi faire ?

Hé bien, se rappeler d’une réalité nécessaire à l’objectivité : ce sur quoi on n’a pas prise, on n’a pas prise ! (voir https://centredereussitescolaire.be/2019/03/03/soyons-justes-quand-nous-accusons-un-eleve-dincompetence/ ).

L’étudiant n’a prise ni sur la didactique du professeur, ni sur le contenu enseigné, ni sur l’évaluation. Il a prise sur lui-même, c’est tout ! Donc il vaut mieux réfléchir profondément avant de s’inscrire dans une option. Quels sont les domaines qui correspondent ET à ses goûts ET à ses ressources d’apprentissage ET à ce qui existe ? En cas d’échecs, même s’il a atteint la barre des 45 crédits, il a intérêt à comprendre les causes de ses échecs (on pense notamment à ses méthodes de travail, à sa planification, à ses caractéristiques d’apprentissage), MAIS aussi à revoir son orientation scolaire. La voie empruntée lui est-elle assez adaptée ? « Attendre et voir » entraîne bien des désillusions, et des frais (on peut les estimer à 30 à 40 000 euros pour une année échouée par étudiant, ils se répartissent en frais de fonctionnement des hautes écoles, ou universités, en frais pour la famille et le jeune, plus un an de salaire en moins pour la victime).

Remettre en doute son choix et la qualité de sa vie d’étudiant dès les premiers échecs c’est agir préventivement. La permanence d’échecs, dans le temps, amène le décrochage scolaire, à ce moment-là, un long travail de remise en question et de remise en état « psychologique » commence.

Une règle de base: La motivation s’appuie avant tout sur la réussite, l’envie de continuer un chemin se nourrit surtout d’une réussite suffisamment constante.

(voir https://centredereussitescolaire.be/2019/10/22/la-tolerance-a-la-non-connaissance-a-la-non-comprehension-est-liee-au-plaisir-dapprendre/

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