
Préambule
Une réflexion très souvent émise tant lors de la 1ère consultation que tout au long des guidances que nous assurons : « C’est injuste ». Le sentiment d’être traité injustement par les enseignants, les évaluations sommatives, depuis que nous consultons (1986) n’a pas changé, ni en fréquence ni en intensité, il reste (trop ?) récurent. Du coup, notre travail de thérapeute veille aussi à aider l’élève à gérer cet état affectif, parce qu’il contrarie l’envie, le besoin de se sentir progresser, d’être respecté dans ses efforts. Nous essayons par cet article de mettre en évidence ce que nos patients nous apprennent sur ce qu’ils trouvent « pas juste ».
Mise en évidence
Rappelons cette affirmation de Donald Woods Winnicot (pédiatre psychanalyste britannique, 1896-1971), « L’école est le 2è foyer de l’enfant ». Celui-ci se voit obligé de la fréquenter au moins de ses 6 ans à ses 18 ans ; comme il y va muni de ses capacités d’apprentissage, pour y acquérir des tas de choses, autant qu’il s’y sente traité justement, et avec bienveillance.
Chaque enfant, chaque matin, passe la porte de son 2è foyer avec ses différences, sa propre histoire de vie, son filet de sécurité familial, notamment. Il s’assoit dans une classe, les bancs le plus souvent rangés en colonnes, ce qui peut donner l’impression d’une uniformité rassurante. Évidemment, nous savons tous, pour y être passés, que déjà là, le professeur n’est pas à la même distance de chacun, sur le plan spatial, bien sûr, mais aussi sur le plan du ressenti. En suivant le cours du fond de la classe ou au 1er rang, on ne sent pas la même proximité avec son enseignant, surtout en primaire ; il peut obliger à des changements de place qui peuvent être éprouvés comme des injustices. Il donne sa leçon, qui sera reçue différemment, chaque apprenant l’entendant, le comprenant « à sa propre sauce ».
Avez-vous pensé à la manière dont chaque élève sera évalué dans ses apprentissages ? À la façon dont il évaluera, lui-même, sa maîtrise des matières enseignées ou qu’il a apprises ? Trouvez-vous juste que chacun doive à travers une évaluation identique pour tout son groupe, montrer au même moment, la maîtrise d’un même sujet de matière, comme si tous les élèves de la classe étaient tous identiques sur le plan cognitif, affectif, entre autres ? Deux classes différentes de 5è primaire (d’une même école ou pas), deux professeurs identiques ? Pourtant, un même examen certificatif s’avère imposé à l’ensemble des élèves d’une même année, au même moment.
Est-ce que tout cela est bien sensé ?
N’y a-t-il pas une confusion entre considérer l’apprenant de la « même » manière et « se montrer juste » envers lui ?
Ne faudrait-il pas mieux considérer l’inégalité comme base de l’apprentissage et de l’enseignement ? Et donc construire une évaluation tout terrain que l’enseignant adapterait à l’élève qui lui-même aiderait son professeur à se l’adapter ? Soit développer une évaluation formative mutuelle continue et donc forcément développer une pédagogie collaborative. Exemple : l’élève étudie seul un sujet de matière, via un écrit, un audio, une vidéo, puis répond à des questions qui peuvent être orales, ou écrites adaptées à chacun (questions ouvertes, QCM, phrases à compléter, etc.), il consulte les corrigés, joue au professeur pour expliquer le sujet (c’est celui qui explique qui comprend, plus que celui qui écoute) à un condisciple, qui lui, lui proposera la même chose pour un autre sujet. Le professeur passe d’élève à élève pour soutenir les efforts, répondre aux questions, pour définir la suite de la matière quand un élève a terminé un chapitre. Certains lecteurs reconnaitront des principes de la pédagogie inversée, à juste titre.
Notre école obligatoire demeurera la pire (au moins) d’Europe tant qu’elle ne respectera pas une juste pédagogie, c’est-à-dire qui s’ajuste au bénéfice des apprenants et donc de tous ses usagers. Sans compter l’indispensable remise en question des programmes scolaires.
(Voir le court article :ce sacro-saint programme scolaire, ou le phantasme d’une culture scolaire qui veut faire rentrer un même rond dans tous les carrés !))
Une justice pédagogique, ça s’ajuste à l’inégalité des ressources internes et externes des apprenants et aux différences des ressources entre eux !
Promouvoir la justice pédagogique équivaut à promouvoir la conception universelle de l’apprentissage (CUA). Celle-ci s’axe sur quatre points :
- L’universalité : Donne un accès à de riches expériences d’apprentissage qui répondent aux besoins de chacun.
- L’équité : Élargir les connaissances des élèves, peu importe ses acquis, ses habiletés ou son niveau de compréhension.
- La simplicité : S’assurer que les consignes et attentes soient faciles à comprendre pour tous.
- La flexibilité : Adapter ses stratégies d’enseignement aux différents profils dans la classe.
(Extrait de : Comment appliquer la conception universelle de l’apprentissage ? – Thot Cursus)
Remarque sur le tronc commun
En voulant faire avaler la même chose à tous les élèves jusqu’à la 3è secondaire incluse, en même temps, les inégalités ne sont pas respectées, forcément. Imaginer en faisant cela, promouvoir l’égalité éducationnelle, est contre-productif. C’est comme imposer le décathlon à tous ces jeunes apprenants en attendant d’eux une maîtrise plus ou moins identiquement progressive des dix sports qui la composent, à chaque bulletin, puis au mois de juin de chaque année. C’est un non-respect évident des talents individuels. La justice pédagogique se doit de respecter les différences, si elle veut exister ; elle demeurera incompatible avec l’application du « pacte pour un enseignement d’excellence[1] ». Elle demeurera incompatible avec la conception universelle de l’apprentissage.
Rappelons-nous, que ce « bourrage-forçage » scolaire que constitue « faire avaler le même plat à tout le monde en même temps, souvent de la même manière » se fait avant tout aux dépens des plus faibles !
Merci pour votre attention
[1] Du latin, excellentia, surpassement
Propositions gratuites qui se veulent positives, constructives ; elles sont pensées pour aider tous les usagers de l’école Après presque 50 ans de formations, d’expériences multiples, je souhaite partager une information professionnelle, validée, destinée à aider directement les parents, les élèves, les étudiants ET même les enseignants, si seuls devant les difficultés qu’ils rencontrent. Et ce GRATUITEMENT. Comment ? : En téléchargeant un livre numérisé de plus de 200 pages qui traite des 50 thèmes les plus abordés en consultation par les élèves et les parents, facile à lire, et proposant de nombreux liens hypertextes : Essai pour une psychologie et une pédagogie, scolaires, plus heureuses pour les élèves soumis à l’enseignement obligatoire https://centredereussitescolaire.be/2023/12/16/essai-pour-une-psychologie-et-une-pedagogie-scolaires-plus-heureuses-pour-les-eleves-soumis-a-lenseignement-obligatoire/ En consultant la centaine d’articles, et les quelques vidéos toujours gratuitement : https://centredereussitescolaire.be/2020/02/24/plusde50-reponses-professionnelles-developpees-a-partir-des-questions-qui-nous-sont-posees-depuis-30-ans/ En vous abonnant à l’infolettre périodique : https://centredereussitescolaire.be/newsletter-2/ En partageant cet article, avec qui vous estimez, ou que vous voulez aider, informer. |
Le Centre de Réussite Scolaire par sa grande indépendance, son type de consultation pluri et transdisciplinaire, et ses 39 ans d’expérience s’avère idéalement placé pour vous informer à propos de ce qui favorise ou défavorise la réussite scolaire, le bonheur d’apprendre des élèves des plus petits aux plus grands.