Améliorer son orthographe et ne pas être en faute.

« La dictée », Georges d’Espagnat, vers 1915. Musée de la Piscine, Roubaix

Avez-vous déjà réfléchi à l’évaluation de l’orthographe à l’école ? Par tradition l’évaluateur retire un point par faute, parfois deux pour « faute grave ». Or, le nombre de mots est élevé, facilement cent mots dans une dictée ou un texte libre. Si l’élève commet six fautes (la bonne expression serait : il commet six erreurs, puisqu’il ne le fait pas exprès), il obtient 4/10 pour 94 mots justes sur 100. Les conditions d’évaluation sont rarement positives, elles pénalisent plus souvent qu’elles n’amènent une information ou suggestion constructive comme proposer à l’apprenant une tâche adaptée aux erreurs commises. Entendons-nous bien, il n’est pas question de juger les enseignants, mais de vous informer afin de dédramatiser si nécessaire une situation conflictuelle, un sentiment d’incapacité.

Est-ce que lire enrichit l’orthographe ? Vaste question ! Notre expérience et les recherches ne démontrent pas clairement ce lien, à notre connaissance. Cependant, nous observons que les amoureux de la lecture développent une connaissance étendue du vocabulaire et que les écoliers intéressés d’initiative par les nouveaux mots, les accords inhabituels, offrent une belle maîtrise de l’orthographe. Si votre enfant n’apprécie pas « lire », ne comptez pas sur la lecture pour qu’il améliore son orthographe. Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes lecteurs assidus qui se plaignent de faire trop de fautes et inversement.

Les causes des faiblesses en orthographe sont aussi nombreuses qu’indépendantes de la volonté des élèves et même de leurs professeurs. Nous n’aborderons pas ici la dysorthographie du développement, trouble spécifique d’apprentissage. Notre orthographe d’usage (le mot tel qu’il s’écrit dans le dictionnaire hors accord) et grammaticale (les accords à respecter) se révèle parmi les plus difficiles d’Europe. Un son offre souvent plusieurs graphies, par exemple le son [ɑ̃] comme dans « cependant [s(ə)pɑ̃dɑ̃] » peut s’écrire an, ant, ang, am, en, em, ent, aon, han, etc., un vrai calvaire pour l’apprenant, qui trouvera d’ailleurs une souffrance équivalente pour arriver à résoudre les règles d’accord. Que de cas particuliers en plus des nombreuses règles générales !

Voici quelques raisons qui expliquent pourquoi les élèves sont inégaux devant l’orthographe :

  • Depuis des décennies les pédagogues et les psycholinguistes savent que la règle de l’accord du participe passé avec un complément du verbe placé devant son verbe est enseignée trop tôt. Pourquoi forcer un enfant de 10 ans pendant des heures alors qu’à 15 ou 16 ans il l’apprendra facilement ? Les lobes préfrontal et frontal plus matures feront alors les liens bien plus efficacement ;
  • le programme scolaire et l’évaluation sommative ne respectent pas assez les ressources d’apprentissage des écoliers,  idem pour les enfants qui baignent dans des familles ou écoles bilingues, trilingues ;
  • le cerveau de chaque élève se mature en dents de scie, et différemment d’un jeune à l’autre ;
  • dixit l’imagerie médicale, rédiger un texte constitue l’activité qui monopolise le plus d’espaces cérébraux, trouver les mots, les ranger, les écrire, les orthographier se montre très énergivore, plus qu’une double tâche ;
  • interviennent aussi les différentes mémoires d’apprentissage, verbales ou non, à court ou plus long terme, auditives, visuelles, la mémoire de travail, etc., ainsi que la compréhension verbale. Les différences de performances entre les élèves quant à ces capacités à mémoriser sont très importantes (voir https://centredereussitescolaire.be/2018/10/11/la-memoire-de-travail-mdt-et-la-reussite-scolaire/);
  • l’étudiant qui écrit mal, avec difficulté ne peut en même temps réfléchir sur l’orthographe, idem s’il est lent ;
  • l’outil informatique se voit banni lors des évaluations scolaires, alors que nous, les adultes, en profitons parce que l’important est la qualité de notre rédaction, pas la difficulté éprouvée pour l’obtenir ;
  • une dictée non préparée convainc les faibles qu’ils sont mauvais et les forts qu’ils sont bons, sans plus, quand elle sert seulement à mettre des points au bulletin. Mais si elle est destinée à situer l’élève dans ses progrès à faire pour ensuite l’aider à développer une méthode de travail personnalisée, alors oui ! (Voir l’article sur la dictée)

Retenons qu’un élève faible en orthographe a toutes les malchances d’éprouver des difficultés indépendantes de sa volonté quant aux causes, alors aidons-le à les résoudre ou les compenser « heureusement », positivement, constructivement.

L’équipe


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