CEB, CE1D, CLÉ, examens de juin, de Noël, interrogations cotées, etc. OU L’ILLUSION DE LA MESURE, et SES NUISANCES PSYCHOLOGIQUES

Cet article contient des extraits du livre (page 108) « Essai pour une psychologie et une pédagogie, scolaires, plus heureuses pour les élèves soumis à l’enseignement obligatoire », Cliquer sur le titre pour le télécharger gratuitement.

Une illusion d’efficacité

Qu’est-ce qu’une évaluation sommative ?

Les examens périodiques (examens externes compris, CLÉ [1]incluse), les interrogations ou contrôles sont des évaluations sommatives. Ce type d’évaluation propose un ensemble de questions, de tâches et attribue un résultat en chiffres ou en lettres en fonction du nombre de bonnes réponses, « bonnes » selon l’évaluateur. Malheureusement, elles constituent des outils de sélection, de comparaison, et au bout du compte des raisons avancées pour justifier des mises en échec, et des redoublements. 

Ses effets délétères, ses contre-indications (liste non exhaustive)

  • Le risque de « rater » s’avère tellement important que la peur d’être stigmatisé, de décevoir, de se voir disqualifié inhibe souvent l’élève.
  • Cette évaluation favorise la peur de rater, de mal apprendre et pour finir la peur d’apprendre « tout court ».
  • Les contrôles pour des points comportent dans leur construction des éléments responsables de la mise en échec de l’apprenant. L’apprenant rate alors qu’il maîtrisait suffisamment les savoirs ou savoir-faire évalués. Il fallait l’interroger autrement.
  • Sa perception de lui, de ses compétences, de sa valeur s’en trouve polluée, déformée avec toutes les conséquences négatives possibles sur son évolution, sur sa maturation.
  • Les points ne traduisent pas les efforts fournis par l’élève, donc ils ne les valorisent pas. Et ce ne sont pas les élèves « dys » qui diront le contraire.
  • Il n’existe pas d’évaluation sommative valable et fidèle, c’est-à-dire qu’elle ne mesure pas bien ce pour quoi elle est construite ; deux professeurs vont élaborer deux questionnements dissemblables pour évaluer un même savoir ou savoir-être et les coteront différemment, plus ou moins « sévèrement ». Elle leurre l’adulte du savoir de l’enfant qui lui-même s’en avère trompé.
  • Les évaluations externes n’y changent rien. Dix professeurs de mathématique qui cotent l’épreuve d’un même élève au baccalauréat en France montreront dix résultats différents, allant de l’échec à la réussite de ce jeune. Cela « on » le sait depuis la fin des années 1970, pourtant « on » continue.
  • Cela prouve bien qu’il s’agit d’une culture scolaire fondée sur l’élimination et la sélection, indépendamment de la culture et de la compétence de l’étudiant. Cette évaluation, donc la culture sous-jacente, empêche cette bienveillance nécessaire à une éducation scolaire heureuse, positive, constructive de l’apprenant qui suit un enseignement obligatoire.
  • Elle constitue (trop) régulièrement une menace utilisée par le professeur. « Si tu ne …, je t’enlève des points, je te mets zéro, etc. ». Que de fois, un enfant ne se sent-il pas victime d’une évaluation injuste, voire mis en échec, car on lui a enlevé des points qui ne concernent pas le sujet de l’interrogation. Le pire est que le plus souvent il n’a pas de recours, et s’avère mal jugé par son environnement. Se voir mis en échec constitue le principal danger que les élèves craignent, au point d’en être effrayés, aussi riches en points soient-ils.
  • Cette évaluation dénature le dialogue élève-enseignant, mais aussi des élèves entre eux, notamment en créant une représentation hiérarchisée de la valeur de chacun basée sur « j’ai plus ou moins de points que tu en as, j’ai plus ou moins de points qu’avant » du coup je vaux plus ou moins que toi. Or, cette relation nuisible est basée sur du faux, tout en générant des affects destructeurs de la représentation positive et constructive que l’enfant développe de lui, et ceci, qu’il capitalise beaucoup ou pas assez de points. Il développe une confusion déshumanisante « avoir des points et être un apprenant heureux ».

Huit biais « scientifiquement » connus démontrant l’inadéquation des évaluations sommatives telles qu’on les mène chez nous depuis « toujours » ET évitables grâce à la pédagogie collaborative.

Extraits de « Dieudonné Leclercq, Julien Nicaise, Marc Demeuse, 2013 » Page 5. : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00844778/document

  1. Tout dépend, non pas des performances particulières de l’élève, dans l’absolu, mais bien de ses performances par rapport à celles de ses condisciples (courbe de Gauss, il y aura toujours des premiers et des derniers). À cela s’ajoute la réputation de l’école (sélection par écrémage).
  2. L’ordre de correction ( si la copie se trouve au début ou à la fin de la pile de copie, ou si elle s’y situe après une « bonne » ou une « mauvaise » copie).
  3. L’origine sociale de l’élève ainsi que le genre ou encore l’apparence physique des élèves.
  4. La réputation du professeur (trop de bonnes notes = laxiste, on ne se dit pas c’est un bon professeur).
  5. L’effet Posthumus qui consiste à adapter ses notes en fonctions des années précédentes pour garder (inconsciemment ?) les mêmes appréciations des performances.
  6. L’effet d’inertie qui consiste à regarder les résultats antérieurs des élèves et se baser sur ceux-ci. Les professeurs sont aussi influencés par le début de la copie, si celui-ci semble soigné, les erreurs suivantes s’avèreront moins relevées.
  7.  L’effet de halo, l’évaluateur est influencé (inconsciemment) par des caractéristiques de l’étudiant non liées à sa maîtrise du sujet de l’évaluation, comme son aspect physique, sa présentation vestimentaire, sa prononciation ou son accent, etc.
  8. L’instabilité du correcteur, mais aussi la différence entre les correcteurs.

Une analogie : les points et l’argent au pays des cauchemars :

Le métier des jeunes de 5 ans à 18 ans s’avère obligatoire et le même pour tous. Le salaire est distribué en points, parfois en lettres. Les points, c’est donc l’argent à gagner, plus tu en gagnes, plus tu es mis en valeur. Le point pris comme unité monétaire devient un « plus avoir » sans âme qu’il faut acquérir à tout prix sous peine de se faire arrêter, disqualifier, humilier.

La sentence à éviter : « Tu n’as pas assez de points ! » sous-entendu, « Pauvre de toi ! »

Remarque : Réduire une jeune personne à des chiffres l’amène à s’identifier à ces chiffres. Le malheur est que ces chiffres ne la représentent pas, quelle que soit leur valeur apparente, car en soi, ils n’en ont pas, de valeur réelle.

Si vous souhaitez approfondir ce sujet, plusieurs chapitres y sont consacrés, voici de quoi vous satisfaire :

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Le filet de sécurité familial constitue le 1er soutien de l’élève, ainsi que la 1ère ressource et le 1er indicateur de sa réussite scolaire. Si un parent s’inquiète à propos de la scolarité de son enfant, du bonheur qu’il y trouve, notre expérience montre qu’il (souvent la maman, de plus en plus également les grands-parents) a de bonnes raisons pour s’en faire et qu’alors, une consultation apporte en général des réponses adéquates.

Le Centre de Réussite Scolaire par sa grande indépendance, son type de consultation pluri et transdisciplinaire, et ses 40 ans d’expérience s’avère idéalement placé pour vous informer de ce qui favorise ou défavorise la réussite scolaire, le bonheur d’apprendre des élèves des plus petits aux plus grands.


[1] En Belgique (plus précisément en Fédération Wallonie-Bruxelles), le test CLÉ (acronyme de Calculer, Lire et Écrire) est une évaluation externe diagnostique obligatoire non certificative administrée aux élèves au début de la 4e année primaire. Introduit à la rentrée scolaire de septembre 2026, ce dispositif remplace les anciennes évaluations externes non certificatives qui se déroulaient en 3e et 5e primaires.