Attention, attention, chutes de concentration ! Apprentissages scolaires atteints, troublés ! 1ère partie

Cet article-ci traite des raisons réactionnelles, celles qui trouvent leurs causes presque partout.

Hein quoi qu’est-ce qu’il a dit, qu’est-ce qu’il faut faire ? T’avais qu’à faire attention ! Concentre-toi ! Est-ce un TDA/H ?

L’élève soupçonné d’être victime d’un Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H) doit être compris et aidé en fonction des causes qui le perturbent, hé oui, pas de bons diagnostics sans une approche pluri et transdisciplinaire. Chaque personne victime d’un déficit de l’attention envahissant doit être comprise individuellement, selon ses caractéristiques d’apprentissage.

L’attention, « C’est l’action de fixer son esprit sur quelque chose. » (Robert, 1996). La concentration est synonyme. Elle est multiple, elle s’exprime à travers nos sens, notre pensée, notre motricité, etc. Elle se voit soumise à tant d’exigences que si elle manque à l’appel, son absence se fait durement ressentir. Des adultes qui suivent un enseignement frontal peuvent se concentrer en moyenne 25’, un enfant 15’.

En tant que trouble développemental, donc lié à notre développement neurobiologique, « Le TDA/H endogène toucherait 6% à 9% de la population (Polanczyk et al, 2007)[1]. La victime n’est donc pas plus responsable des causes de ce déficit que de la couleur de ses yeux.

Un gros problème d’attention peut apparaître essentiellement pour deux raisons, l’une n’exclut pas l’autre ! :

  1. Une raison réactionnelle, quand par exemple l’apprenant est renvoyé à ses faiblesses lors d’une activité. Ne pouvant répondre, il s’agite, pense à autre chose, etc. Ainsi un dyslexique épuisera 4 fois plus vite sa réserve attentionnelle lors d’une lecture que la moyenne.

Une raison endogène, quand malgré son intérêt pour l’activité, le jeune décroche vite. Je pense ici à une dysmaturité neurobiologique cérébrale ou TDA/H endogène.

Cet article-ci traite des raisons réactionnelles, elles trouvent leurs causes presque partout.

Notre pratique nous montre que les raisons réactionnelles constituent la grande majorité des plaintes liées à l’inattention, la distraction, le manque de concentration.

Voici une liste non exhaustive de raisons réactionnelles à des troubles de la l’attention, de la concentration :

Une question fréquente nous est posée, « mon enfant bouge tout le temps, pose beaucoup de questions, se désintéresse vite, car il comprend vite » est-il HP ? Seul un examen pluri et transdisciplinaire peut répondre à cette question. Notre expérience montre que très souvent, ces enfants affichent des dysharmonies cognitives (certaines grandes forces associées à des compétences moyennes ou faibles), voire des troubles de lecture. Cette question ne peut se satisfaire juste d’un « QI », le « QI » ne constitue pas une représentation correcte de l’intelligence. Celle-ci est multiple.

  • L’enseignement frontal, « je parle, j’explique, tu écoutes, tu notes » par la passivité exigée de l’apprenant, s’avère très peu rentable, tant la majorité des élèves décrochent plus ou moins rapidement, sans le montrer. Sans compter l’ennui généré !
  • La peur de rater inhibe la mémoire en général, elle se voit perturbée dans son bon fonctionnement par la production par le cerveau de cortisol. Au contraire du plaisir d’apprendre, qui se trouve stimulé par la production par le cerveau d’adrénaline.
  • Surfer sur les écrans plus de deux heures par jour amène le cerveau à désinvestir l’attention soutenue pour favoriser la coordination « manuelle-visuospatiale » superficielle et rapide, voire impulsive. Il ne peut apprendre à surfer et à creuser en même temps.
  • « La distraction est un manque d’attention, habituel ou momentané aux choses dont on devrait normalement s’occuper, l’esprit étant absorbé par un autre objet. » (Robert, 1996), pas une difficulté de concentration en soi.
  • Le smartphone. Être à l’écoute plus ou moins consciemment d’un signal possible du GSM quand il reçoit un « message » relève plus de la distraction. Il constitue un distracteur très envahissant. Écouter au cours, lire un texte en même temps que lire son smart ou envoyer des SMS est contreproductif, c’est pour ça que cette double tâche est interdite au volant !
  • L’adolescence et la puberté ouvrent la porte sur un déferlement de distractions ! Période d’évolution neurobiologique, physiologique, psychologique intense, très énergivore. « Mon fils a grandi d’un coup ! », c’est l’arrivée massive des hormones « Ma fille n’écoute plus que ses envies », le temps est ressenti autrement, « Quoi attendre encore une semaine ! Je ne pourrai jamais tenir ! », « Les adultes sont tous des …, les enfants, c’est ennuyeux, ha, mais les copains, les copines… !». Les raisons de distraction sont aussi envahissantes qu’inévitables. Que dire alors de ces pauvres ados « dys » !

Notre enseignement n’en tient aucun compte ni dans sa didactique, ni dans l’élaboration des programmes, ni dans l’évaluation. Chez nous, le taux de décrochages et d’échecs scolaires des adolescent.e.s est démesuré, le pire d’Europe. Il n’y a pas le respect des effets de la puberté (changements physiques) et de l’adolescence (changements psychologiques). C’est culturel ;les usagers, de l’école, parents compris, ne sont pas en faute, tous souffrent de cette erreur culturelle, de cette forme de déni des effets négatifs sur le rendement scolaire simplement dus à l’adolescence, à la puberté.

  • Les devoirs et les leçons, un contre-travail ! Mon enfant se lève à 6h 45, part à l’école à 7h30, revient à la maison à 16h, soit plus de 9h plus tard et doit encore exécuter des tâches scolaires, weekend compris ! Des journées plus longues que celles des adultes qui travaillent ! De quoi dégoûter le jeune apprenant ; quelle (in)attention peut-il encore porter sur une tâche scolaire après plus de 8h consacrées à l’école ?
  • Les yeux, les oreilles, l’alimentation. Troiscauses possibles d’atteinte à la qualité de l’attention : un problème visuel même léger, une faiblesse située dans le circuit ORL, un déséquilibre nutritionnel, une intolérance alimentaire. Donc, si ce n’est fait, consultez des spécialistes dans ces domaines en cas de soupçon ? Nous nous renseignons toujours auprès du patient et de sa famille si des bilans récents ont été faits à ces niveaux, pour les enfants plus jeunes, un examen visuel et ORL est un préalable à l’évaluation diagnostique, notamment neuropsychologique.

Bien petit déjeuner pour une matinée bien assurée !

  • L’hygiène de vie de l’élève ne se limite pas à bien manger et bien dormir, évidemment . L’alcool, le joint, les drogues polluent l’attention directement après la prise, mais aussi à plus long terme. Régulièrement, nous rencontrons des étudiants victimes d’une assuétude au cannabis, ils se savent en grand danger de décrochage scolaire, si ce n’est pas déjà le cas. Nous sommes mes collègues et moi d’accord pour dire que le cannabis sous sa forme « drogue » est un tue-neurones. Fini l’association des années soixante entre le joint et « Peace and love ». Le cannabis est beaucoup beaucoup plus nocif en 2020 qu’en 1968 !
  • Les locaux, les classes constituent le lieu ou les élèves et les professeurs, ensemble, partagent le temps d’enseignement. La pollution sonore joue aussi son rôle, un groupe classe peut se révéler bruyant, désagréable, voire opposé au bon déroulement du cours. MAIS le bruit peut venir de l’extérieur, de la circulation, de travaux. Les locaux peuvent se révéler mal insonorisés, mal aérés, surchauffés, trop petits, etc.
  • L’adolescence, la puberté les déstabilise à tous les niveaux, surtout s’ils n’ont pas été aidés spécifiquement. Régulièrement, des adolescents en échec (3ème ou 4ème secondaire) décrochent juste avant juin, parfois poussés hors de l’école par des professeurs excédés par leurs comportements.
  • Autant ces élèves sont peu gratifiants pour leurs enseignants, autant ceux-ci peuvent leur rendre la pareille. C’est humain surtout si l’on sait que les enseignants ne bénéficient pas de supervision personnelle qui pourrait les aider à gérer ce type de relation. Alors si le jeune peut bénéficier d’un suivi psychopédagogique, cela peut être un plus pour ses professeurs.
  • Être écoutés et entendus. Ils sont souvent mal dans leur peau, avec le sentiment ou l’angoisse de ne pas être entendus ou reconnus. Ce besoin incoercible les amène à attirer l’attention du professeur continuellement au point de devenir « gentiment » insupportables. Ils recherchent le regard bienveillant comme un repère auquel se raccrocher pour ne pas s’appuyer sur leur propre capacité à suivre d’initiative. À ce moment, les amener à s’observer, souligner leur grande participation peut, mais ce n’est pas sûr, les calmer un moment.

Retenons que les parents ou enseignants qui se demandent si un jeune n’est pas TDA/H, il existe une bonne 1ère démarche à entreprendre sans attendre, consulter une équipe pluridisciplinaire qui associe des points de vue pédagogiques, (neuro)psychologiques, logopédiques et médicaux. Ils méritent une information globale qui répond à leurs questions et qui propose des solutions, des réponses concrètes et applicables à la maison, aux devoirs et aux leçons, à l’école, notamment.

L’équipe du Centre de Réussite Scolaire


[1] In Francine Lussier, Elian Chevrier, Line Gascon, 2017, “Neuropsychologie de l’enfant et de l’adolescent, Troubles développementaux et de l’apprentissage » 3è édition, DUNOD.


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