Le jugement négatif de l’élève en échec, un effet nocif de notre système scolaire

Le cas proposé ici se veut assez représentatif des milliers de victimes du CE1D, il n’existe pas réellement. Les informations fournies sont prises à partir de la réalité rencontrée cette année-ci, et les années précédentes auprès de centaines d’élèves du secondaire, mais aussi de centaines de parents. On peut imaginer qu’un seul étudiant rencontre les problèmes décrits ici, mais adaptés à sa vie. Rappel sur la liberté d’action de l’élève. Nous considérerons 4 facteurs pour comprendre l’étudiant et le cours qu’il doit réussir: l’élève (la raison d’être des trois autres facteurs), son professeur, le programme du cours, l’évaluation sommative (les points, les sanctions, l’examen).

(Lire : https://centredereussitescolaire.be/2019/03/03/soyons-justes-quand-nous-accusons-un-eleve-dincompetence/)

Il = l’étudiant.e

Il n’a prise ni sur son professeur, ni sur le programme, ni sur le système qui est supposé évaluer sa maîtrise de la matière enseignée. Il a prise sur lui-même, soit ¼ des facteurs, mais il doit assumer avec sa famille, 100% de ses échecs.

Les 2/3 da sa classe sont ajournés. C’est un doubleur et il affiche 3 examens à repasser (il les eut aussi à repasser en septembre 18) :

1) Néerlandais : le CE1D évalue 4 compétences cotées en tout sur 100 :  

– Compréhension à l’audition (compte pour 30%), il a bénéficié de moins d’une audition par semaine, sachant qu’une audition dure moins de 3 minutes. C’est vrai qu’il eut aussi à écouter les élocutions des autres élèves.

– Expression orale (compte pour 30%) : il n’a pas du tout été entrainé à parler flamand, sinon lors d’une élocution, par ailleurs réussie.

– Compréhension à la lecture (compte pour 20%) : constitue à peu près 45% du temps d’enseignement reçu.                                                                                 

– Expression écrite (compte pour 20 %) : constitue à peu près la moitié du temps de l’enseignement reçu.                                                                             

Notons que lors de sa première 2è secondaire, il n’a pas eu cours de néerlandais durant 4 mois il fut obligé de passer le CE1D et comme le reste de sa classe, y échoua !

2) Sciences : petit échec, il doit tout repasser, le professeur donne comme seule indication les titres des chapitres. Ha oui, ce professeur fut absent trois mois, et il y eut aussi un changement d’enseignant au 1er trimestre.

3) Histoire : pas repris au CE1D (l’enseignement libre catholique reprend cette matière au CE1D, mais différemment sous le titre EDM, étude du milieu). Il eut seulement deux contrôles de janvier à juin, un réussi, pas l’autre, la moyenne des deux est inférieure à 50%. Le professeur donne la matière et des objectifs portant sur la partie ratée. Notons que ce cours fut réussi l’année précédente (sa 1ère deuxième).

Depuis janvier, le nombre de périodes d’absence de l’ensemble de ses professeurs s’élève à presque une centaine de périodes dont la moitié est assumée par deux enseignants. Cela donne en moyenne entre 4 et 5 périodes d’absence par semaine. Absences particulièrement élevées après Pâques, certaines semaines ont eu 10 à 15 périodes de non-enseignement pour cause d’absences professorales.                                                                                                       

 (Lire : https://centredereussitescolaire.be/2019/04/15/lapres-paque-periode-a-risque-pour-le-decrochage-scolaire/)

Déjà, de ce fait le CE1D propose des questions sur des points de matière QUI N’ONT PAS ÉTÉ ENSEIGNÉS. Ce temps occupé par les examens de Noël, parfois aussi de Pâques, de juin, et les examens externes remplace des semaines d’enseignement. NON, NI l’élève NI ses parents n’ont prise sur les ¾ de ce qui détériore la scolarité de leur enfant. Alors que penser de cette accusation trop souvent portée sur l’élève en échec : « Tu es en échec parce que tu n’as pas (bien ) travaillé ! Tu doubles par ta faute ! » ? Bien sûr les enseignants du secondaire NE sont PAS en faute, même s’ils ont prise sur eux-mêmes, sur l’élève à qui ils enseignent, sur l’évaluation sommative. Le système dans lequel ils travaillent dysfonctionne TOTALEMENT ! Le temps d’enseignement est devenu si réduit que l’ensemble des programmes des cours n’est plus enseignable ni enseigné ! Alors, POURQUOI faire doubler un élève ? On sait que 50 % des doubleurs rencontrent au moins un échec sévère dans les années qui suivent et que 90% n’auraient pas dû doubler ! Et nous n’abordons même pas la question du coût financier énorme qu’entraîne un doublement, à court, moyen et long terme.                                                                                                            

Alors, POURQUOI continuer à imposer, en plus, des examens externes qui n’arrangent RIEN ; notre enseignement secondaire francophone affiche le plus de doubleurs d’Europe depuis longtemps, et est le SEUL à pratiquer ces types d’examens de façon incessante, oppressante, humiliante. Il n’y a que chez nous que les enfants sont ainsi mal menés, et ce dès la 2è primaire, même si comme en 4è primaire ça ne peut pas les faire doubler (quoique).

Nos jeunes ne vont plus à l’école pour apprendre, ils y vont pour gagner des points sous peine de se voir exclus de leur groupe classe !

Jamais nous n’avons reçu en consultation autant d’étudiants et d’étudiantes du secondaire pour cause d’anxiété grave, sachant que ces patient.e.s pour la plupart ne sont pas en échec                                                                           

(lire https://centredereussitescolaire.be/2019/01/06/angoisse-inquietude-et-evaluations-scolaires/)!

Cette anxiété est justifiée notamment parce que notre école secondaire est redoutée par de plus en plus d’élèves pour sa capacité à leur nuire.   « Je réussis, mais si je rate à l’examen je suis foutu.e. ». Cette anxiété s’avère souvent reprise par les parents.

Plus que jamais, la famille constitue le filet de sécurité de l’étudiant.e, d’autant plus s’il ou elle a du travail scolaire à fournir pendant les vacances (examens de passage, travaux de vacances, etc.), sans la garantie pour autant de passer d’année.

Non, le travail n’est pas une garantie de réussite, non l’examen externe ne reflète pas le bon travail fourni tout au long des deux années. L’apprenant et ses parents n’ont prise que sur ¼ de la situation.

Donc, ne portons pas un jugement négatif sur un étudiant en échec à l’école.

Chèr.e.s étudiantes et étudiants du secondaire, chers parents, bonnes vacances !

L’équipe


Une réflexion sur “Le jugement négatif de l’élève en échec, un effet nocif de notre système scolaire

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